Vous avez sans doute remarqué que l’accessibilité revient de plus en plus souvent dans votre fil LinkedIn. Le sujet peut ressembler à un nouveau buzzword, mais il s’agit d’un enjeu important depuis longtemps. Ce qui a changé, c’est que davantage de personnes y prêtent attention.
En 2025, les tribunaux fédéraux américains ont enregistré une hausse de 27 % des procès liés à l’accessibilité des sites web : 3 117 plaintes ont été déposées, contre 2 452 en 2024.
En Europe, l’Acte européen sur l’accessibilité (European Accessibility Act, ou EAA) est entré en application en juin 2025, et les premières affaires arrivent désormais devant les tribunaux.
Des deux côtés de l’Atlantique, la référence technique est généralement les Règles pour l’accessibilité des contenus Web (WCAG), publiées par le World Wide Web Consortium (W3C). Les WCAG définissent des critères de succès testables pour rendre les contenus web utilisables par les personnes en situation de handicap, répartis en trois niveaux de conformité : A, AA et AAA. La version 2.2 est la plus récente.
L’accessibilité s’invite désormais dans les priorités des équipes marketing et SEO. Beaucoup se posent les mêmes questions : où en sommes-nous aujourd’hui, qui doit porter le sujet, et quel est le lien entre l’accessibilité et notre visibilité dans les moteurs de recherche et les systèmes d’IA ?
Damien Robert travaille dans le SEO international et le SEO pour les grandes entreprises depuis près de 20 ans, et se consacre de plus en plus à l’accessibilité web depuis six ans.
Client d’Oncrawl, il a également partagé son expertise avec notre équipe produit pendant le développement de l’Accessibility Lens.
Nous lui avons posé quelques questions sur le cadre juridique, les limites des tests automatisés et les raisons pour lesquelles il estime que les équipes SEO devraient se sentir responsables de l’accessibilité. Il ira encore plus loin lors de sa conférence à BrightonSEO le 9 octobre.
Pourquoi l’accessibilité compte pour le SEO
Quel est ton parcours, et comment en es-tu venu à travailler à la fois sur l’accessibilité et le SEO ?
Je travaille dans le SEO depuis près de 20 ans, principalement en SEO international et pour de grandes entreprises. Il y a environ six ans, l’accessibilité web a pris une place beaucoup plus importante dans mon travail, et plus j’en apprenais, moins je voyais de frontière nette entre les deux.
Je n’ai jamais cessé d’être SEO. J’ai simplement compris que les deux disciplines portent fondamentalement sur l’accès à l’information. C’est d’ailleurs tout le sujet de ma conférence à BrightonSEO : « Web accessibility is SEO ».
L’accessibilité est-elle un facteur de positionnement SEO ? Sinon, quelle influence a-t-elle sur le SEO et sur la visibilité dans les réponses générées par l’IA (GEO) ?
Je ne présenterais pas l’accessibilité comme un facteur de positionnement. Je pense que la relation est même bien plus intéressante que cela, et assez non duelle.
Le SEO, le GEO et l’accessibilité ne sont pas identiques, mais ils ne sont pas vraiment séparés non plus. Le HTML sémantique, les titres, les liens descriptifs, les transcriptions, les médias accessibles et les contenus bien structurés aident les personnes à naviguer dans l’information, et aident les moteurs de recherche et les systèmes d’IA à l’interpréter et à la récupérer.
L’accessibilité ne produit pas comme par magie des positions ou des citations dans les réponses de l’IA. Elle améliore bon nombre des fondations sur lesquelles reposent ces systèmes.
Pourquoi l’accessibilité est-elle soudain dans le viseur des équipes marketing et SEO ? Au-delà de la pression juridique, qu’est-ce qui motive cet intérêt ?
Parce qu’elle est passée du statut de sujet de conformité réservé aux spécialistes à celui d’enjeu d’expérience client, de marque, d’achats et de performance commerciale. Les personnes en situation de handicap et les personnes neuroatypiques font déjà partie de nos audiences.
En parallèle, la recherche et l’IA donnent plus de valeur à une information structurée, compréhensible et réutilisable. L’accessibilité devient donc de plus en plus une composante de la qualité numérique au sens large, plutôt qu’un sujet rangé dans une case à part.
Les WCAG et le cadre juridique
Quel est le lien entre l’accessibilité et les WCAG 2.2 ?
L’accessibilité est l’objectif. Les WCAG sont le cadre qui nous aide à l’atteindre. Les WCAG 2.2 nous donnent des critères de succès testables, organisés autour de quatre principes très humains : perceptible, utilisable, compréhensible et robuste.
Le niveau AA est celui que la plupart des organisations visent raisonnablement, mais la réussite des tests WCAG ne devrait jamais devenir plus importante que la capacité des personnes à utiliser réellement le service.
Qu’est-ce qui a changé sur le plan juridique depuis l’European Accessibility Act, et comment choisir un niveau WCAG cible avec le service juridique ?
L’EAA s’applique depuis le 28 juin 2025 à certains produits et services, notamment dans l’e-commerce, la banque et les communications électroniques, via les législations nationales. La première étape consiste donc à établir avec le service juridique quels services et quels marchés sont concernés. Ensuite, il faut s’accorder sur l’objectif technique.
Personnellement, je privilégie les WCAG 2.2 niveau AA pour un programme moderne, tandis que le service juridique fait correspondre cet objectif aux exigences locales réelles, qui peuvent faire référence à la norme européenne EN 301 549, aux WCAG 2.1 ou, par exemple, au Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) en France.
L’affaire Carrefour est un bon avertissement : en juin 2026, le tribunal de Caen a ordonné à Carrefour de mettre en conformité son service d’e-commerce sous six mois, sous peine d’une astreinte de 500 € par jour de retard, alors que la déclaration de Carrefour elle-même affichait un taux de conformité au RGAA de 71,21 %.
« Globalement accessible » ne suffisait pas. Un service accessible à 71 % peut encore empêcher un client d’atteindre un objectif très simple, comme faire ses courses.
Les WCAG 2.2 proposent des techniques suffisantes pour chaque critère de succès. Pourquoi leur application ne garantit-elle pas automatiquement que le critère est respecté ?
Ce que j’apprécie particulièrement dans les WCAG, c’est que les critères de succès sont volontairement indépendants de la technologie. Ils décrivent le résultat attendu en matière d’accessibilité, et non le code HTML précis à écrire.
Les techniques sont des exemples de moyens d’y parvenir, et certaines sont propres à une technologie. Je ne transformerais donc pas les WCAG en une liste de mises en œuvre approuvées.
Si une technique suffisante est correctement mise en œuvre et compatible avec l’accessibilité, elle peut démontrer le respect du critère, mais il peut exister d’autres façons tout à fait valables d’obtenir le même résultat accessible. L’exigence, c’est le critère de succès et un parcours client réussi, pas la technique.
Il n’existe pas de certification WCAG officielle. Qu’est-ce qui prouve alors la conformité ? Combien de temps faut-il à un site de taille moyenne pour atteindre un niveau défendable ?
Il n’existe pas de certificat magique de conformité en accessibilité. Ce qui vous donne une position défendable, ce sont des preuves : un véritable audit, un échantillonnage représentatif, des tests réels documentés avec des personnes en situation de handicap, des corrections et un suivi continu.
La France est d’ailleurs un bon exemple, car le RGAA fournit une méthodologie d’audit très explicite et impose une déclaration d’accessibilité indiquant si un service est totalement, partiellement ou non conforme et, surtout, ce qui reste inaccessible.
J’apprécie beaucoup ce principe. Soyez d’une honnêteté totale dans votre déclaration d’accessibilité. Elle doit aider les utilisateurs à comprendre ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et quelles alternatives existent. Elle ne doit pas servir de badge marketing.
Quant aux délais, comptez quelques semaines pour établir un bon état des lieux et potentiellement plusieurs mois de corrections pour un site complexe de taille moyenne, et non « on a lancé un crawl vendredi et on était conformes lundi ».
Mettre l’accessibilité en pratique
Quelle part des problèmes d’accessibilité un crawl automatisé peut-il détecter, et que risquez-vous de manquer sans tests manuels ou au lecteur d’écran ?
Personnellement, j’utilise 60 % comme ordre de grandeur pour le crawl automatisé, puis environ 20 % pour la vérification des médias (sous-titres des vidéos, alternatives textuelles des infographies, etc.) et 20 % pour les tests de parcours client, de navigation au clavier et au lecteur d’écran. Mais prenez ces pourcentages avec beaucoup de recul.
Il s’agit de ma propre règle empirique, tirée de différents audits et expériences, et non d’une formule officielle du secteur.
Le principe compte plus que les chiffres : l’automatisation vous apporte l’échelle, la revue des médias couvre une autre couche, et les tests humains vous disent si l’expérience fonctionne réellement.
Qui devrait porter l’accessibilité web dans une entreprise : le service juridique, l’équipe de développement ou le SEO ?
Une responsabilité partagée. Le service juridique comprend l’exposition au risque. Les développeurs, l’UX, les designers, les équipes contenu et le SEO lèvent chacun différents types d’obstacles.
Je pense malgré tout qu’une personne chargée de l’« accès numérique » devrait être responsable de l’ensemble, mais le travail en lui-même est pluridisciplinaire.
Et personnellement, j’irais plus loin pour les équipes SEO. Même quand l’accessibilité ne relève pas de nous, je pense que nous devrions nous en sentir responsables.
Le SEO, le GEO, l’AEO et l’accessibilité ne sont pas des disciplines identiques, mais elles sont de plus en plus indissociables autour d’une question fondamentale : les personnes et les machines peuvent-elles accéder à l’information, la comprendre et l’utiliser ?
C’est mon point de vue, pas une règle du secteur. Mais si nous sommes déjà prêts à nous battre pour l’accès de Googlebot, des crawlers et des agents IA, j’ai de plus en plus de mal à défendre l’idée que l’accès des personnes serait le problème de quelqu’un d’autre.
En tant que sponsor exécutif, où investir en priorité : les personnes, la formation, les audits ou les outils ?
D’abord les personnes et la responsabilité. Établissez un audit de référence, formez les équipes qui créent le site, puis utilisez des outils pour le surveiller en continu.
Acheter un tableau de bord avant d’avoir défini les responsabilités peut simplement vous laisser avec des milliers d’erreurs d’accessibilité dont personne ne sait quoi faire.
Les outils deviennent incroyablement puissants dès que quelqu’un est chargé de transformer les données en changements concrets.
Que devraient faire les équipes dès maintenant ?
Commencez par le site que vous avez déjà. Écoutez-le avec un lecteur d’écran.
Utilisez dès aujourd’hui le lecteur d’écran intégré à votre ordinateur ou à votre mobile. Développez votre empathie envers les personnes qui utilisent un lecteur d’écran au quotidien, comme les personnes aveugles.
Sous Windows, par exemple, le Narrateur s’active avec Ctrl + Windows + Entrée. Essayez maintenant : fermez les yeux et écoutez votre propre site. Appréciez l’expérience… ou peut-être pas !
Intégrez des contrôles d’accessibilité à votre crawl existant. Corrigez les modèles récurrents et les templates avant les URL individuelles. Transcrivez les médias importants, convertissez en HTML les informations utiles disponibles uniquement en PDF, et remplacez les liens vagues par des liens descriptifs.
Commencez par le crawl que vous réalisez déjà
Intégrer des contrôles d’accessibilité à votre crawl existant, comme le conseille Damien, c’est précisément l’objectif de l’Accessibility Lens.
Elle exécute des audits d’accessibilité Lighthouse automatisés sur vos pages crawlées, associe chaque contrôle aux quatre principes des WCAG 2.2 et indique les groupes de pages et les templates à corriger en priorité. Vous pouvez ensuite suivre vos progrès d’un crawl à l’autre.
Comme le souligne Damien, l’automatisation ne couvre qu’une partie du sujet. L’Accessibility Lens vous donne une base de référence mesurable pour l’ensemble de votre site, mais une évaluation d’accessibilité dédiée reste nécessaire pour établir la conformité aux WCAG.
Points clés à retenir
- L’accessibilité n’est pas un facteur de positionnement, mais elle renforce les fondations sur lesquelles s’appuient les moteurs de recherche et les systèmes d’IA pour interpréter et récupérer les contenus.
- Depuis l’EAA, être « globalement accessible » représente un risque juridique. Vérifiez avec votre service juridique ce qui est concerné et quelle norme s’applique sur chaque marché.
- Il n’existe pas de certificat officiel. Une position défendable repose sur des audits, des tests avec de vrais utilisateurs, des déclarations d’accessibilité honnêtes et un suivi continu.
- Le crawl automatisé détecte une grande partie des problèmes à grande échelle, et la revue des médias et les tests humains couvrent ce qu’il ne peut pas voir.
- L’accessibilité fonctionne mieux avec une personne responsable et de nombreuses équipes contributrices, dont le SEO.
Retrouvez Damien à BrightonSEO
Damien présentera « Web accessibility is SEO: If people can’t use it, search won’t trust it » (en anglais) le vendredi 9 octobre 2026 à 9 h 30, dans l’Auditorium 1.
Dans sa conférence, il défendra l’idée que l’accessibilité, le SEO, le GEO et l’AEO deviennent des pratiques non duelles, construites autour de l’accès à une information organisée.
Il montrera aussi comment le design inclusif et la lisibilité par les machines se rejoignent à travers des structures de site claires, des contenus pertinents, des médias accessibles et des métadonnées solides, et quelle place y occupent les systèmes de gestion des informations produit (PIM) et de gestion des ressources numériques (DAM).
Retrouvez tous les détails sur le site de BrightonSEO.
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